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L’ASSOCIATION
DES THÈMES de l'enseignement et du cinéma documentaire a provoqué des réactions
divergentes. Dans l'éducation, l'intérêt pour l'image a longtemps tenu, au sein
des institutions comme le CNDP et le CNRS, ainsi que pour une partie des
travaux de l'APTE, son rôle de véhicule de la connaissance. Aussi l'enseignement
des oeuvres en tant que telles a-t-il longtemps été bloqué par des problèmes
de droit d'auteur. Mais, actuellement, le cinéma existe en tant que matière
dans plusieurs lycées pilotes et il y eu une floraison d'initiatives pour
introduire une pratique de la vidéo à l'école et dans les centres de loisir,
dans plusieurs villes de France. L'enjeu est important; il
s'agit pour tout spectateur de notre société d'être capable de lire et
d'analyser les images, de la même façon que nous avons besoin de lire et d'écrire
pour avoir accès aux connaissances. À ses débuts, le cinéma a
été accueilli avec enthousiasme, précisément parce qu'il est compris à un
certain niveau par tout spectateur, à quelques nuances près. Ainsi était-il
acclamé par des critiques comme Béla Belàzs comme un langage universel. Par
la suite nous avons vu ce médium développer ses propres conventions. Il suffit
de voir des films d'une autre époque ou d'un autre pays pour en être
convaincu. Et parallèlement le fait de voir les films qui ne respectent pas les
conventions que nous connaissons nous révèle celles que nous prenions pour
acquises ainsi que celles que nous découvrons. À l'arrivée de chaque
nouvelle technologie dans la production des images (la vidéo, puis la gestion
par l'informatique et dernièrement le signal numérique et le traitement de
l'image) est de plus en plus réduite la place laissée à l'étude de l'histoire
du langage et du sens de l'image et du son. L'évolution de ces codes et
conventions, leur signification actuelle, leurs possibilités de modification
sont le plus souvent négligées. Ou pire, dans certains cursus de «
communication » sont enseignés d'une façon réductrice, un jargon dogmatique
et une série de formules de grilles de lecture. Une philosophie de l'éducation
se généralise dans l'ensemble des matières et aux âges de plus en plus
jeunes, et s'applique déjà dans la formation des adultes : il y a trop de
choses à apprendre, ciblons ce qui est « utile », ce qui nous aidera à
devenir « performant », à pouvoir mieux nous vendre sur le « marché de
travail». Quelques « résistants » essaient de défendre un autre projet pédagogique
-celui de l'épanouissement de l'individu -mais ils sont de plus en plus isolés
dans l'enseignement public et encore plus dans l'éducation permanente. Parfois, l'enseignement du
cinéma comme matière est défendu pour des raisons douteuses: il y aura de
plus en plus d'emplois dans la « communication», d'où l'utilité de cette
matière. D'autres contestent l'opportunité de cet enseignement, ou le préconisent
dans les lycées pilotes seulement, selon le même raisonnement à l'envers:
est-ce bien d'éveiller le désir de réaliser des images, de travailler dans ce
métier, -pour beaucoup d'élèves dont la plupart seront déçus de ne pas y réussir
? D'autres résistances
semblent venir des doutes sur les compétences des enseignants. Dans la mise en
place de la formation des enseignants sont apparus les mêmes désaccords
importants sur les méthodes, théoriques et pratiques, de l'enseignement de
l'analyse du cinéma ou des média. Le rôle de la pratique est
aussi au centre du problème. Aujourd'hui
une grande partie du public prétend ne pas être dupe des manipulations des média,
mais ce scepticisme envers les média et envers la société n'est pas suffisant
pour construire une critique ni des média ni de la société. Nous, qui aimons le
documentaire et qui voulons faire et faire voir les films documentaires, sommes
conscients de notre besoin d'un public critique. Pour que ce public existe,
nous devons avancer dans la recherche, l'expérimentation, l'innovation et résister
à la pression actuelle qui tend à produire le documentaire selon des formules,
des modèles pré-établis. Nous devons aussi reconnaître
que le documentaire que nous aimons ne peut pas être défendu d'une façon isolée,
mais qu'il faut défendre comme un droit accessible à tous, à l'école,
l'ensemble des formes d'expression artistique Qu'on n'attende pas, du présent
numéro, un panorama exhaustif des situations de formation au et par le
documentaire; notre propos n'est pas de constituer un dossier informatif, mais,
par une série de questionnements partiels, de pointer quelques aspects qui
nous semblent majeurs d'une problématique. Une idée apparaît commune
à presque tous ces textes : celle d'un rôle critique de l'enseignement.
Il semblerait que, concernant l'image, l'éducation ait pour vocation de
lutter, non contre sa première ennemie historique, l'ignorance, mais contre
un autre type de formation, celui que la fréquentation quotidienne des média
nous induit, à tous âges, à accepter: des modèles d'expression,
d'information, de communication qui, réitérés, s'imposent comme des évidences
«naturelles»; des thèmes, censés nous concerner plus que d'autres; et
l'assignation d'une place de « sujet spectatoriel », dans laquelle nous
aurions à nous mouler. L'éducation, dès lors, serait une transformation. Nous espérons avoir, tôt ou
tard, l'occasion de revenir là-dessus. . Michelle Gales |